Fernand Mourlot, lithographe

 

Les Maîtres de l'affiche 1

 

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Les 3 premières affiches originales de Picasso, 1948

 

" Les Murs ont des oreilles
Ils ont même des bouches;
Les Affiches Mourlot
vous présentent quelques-unes
de leurs chansons,
quelques-uns de leurs cris.
"

Ainsi Jean Cocteau, fidèle de l'atelier, présentait-il, en 1955, les affiches Mourlot avec son élégance habituelle, dans une affiche-estampe, frontispice d'un portfolio d'affiches publié par Fernand Mourlot.

Des dizaines de petits triangles de couleurs qui semblent flotter dans l'espace bleu nuit d'un papier découpé de Matisse, les entrelacs gracieux d'un oiseau volant sur fond de ciel blanc ou de papier journal de Braque, les trois têtes de faunes cornus de Picasso, la tête de l'Ouvrier mise sur pierre par Léger, les étoiles et les hiéroglyphes colorés de Miró... C'est à Fernand Mourlot que nous devons tous ces petits chefs-d'oeuvre, à sa passion du métier, à sa connaissance des ressources de la technique lithographique, à son respect des maîtres, à ses efforts pour attirer les artistes à l'affiche et faire de chacune une ¤uvre originale à part entière. Et c'est effectivement grâce à lui que Picasso, Matisse, Braque, Chagall, Dubuffet ou Miró firent leurs premières affiches.

C'est en 1937, à l'occasion de l'exposition des maîtres de l'art indépendant au Petit Palais, que Fernand Mourlot, sollicité par les Musées de France, rencontre Matisse pour la première fois. Henri Matisse avait un goût très vif pour les textes gravés et la belle typographie, le texte fut également conçu et corrigé par lui. On connaît par d'autres témoignages la rigueur avec laquelle il suivait toutes les reproductions, livres, mise en page. Matisse disait ne faire aucune différence entre la construction d'un tableau et celle d'un livre. On pourrait ajouter... et celle d'une affiche. en effet, Matisse s'intéressa toujours de très près à ses affiches, allant jusqu'à en composer spécialement les maquettes et ce, dans les plus infimes détails, pour Jazz, pour Nice, Travail et Joie, où il manuscrit le texte sous l'image, pour La Pompadour, ainsi que pour la magnifique affiche de la Maison de la Pensée Française, en 1950, papier découpé réalisé à grandeur nature, sur lequel toutes les lettres furent dessinées, assemblées et peintes de sa main.

 

 

La venue de Picasso, rue de Chabrol, en octobre 1945, bientôt suivie d'un "déluge" de nouvelles lithographies, conduisit Picasso tout naturellement à concevoir en 1948, pour la première fois, une affiche originale. Le texte manuscrit sous l'image : Poteries, Fleurs, Parfums, Vallauris est devenu une formule-clé de la lithographie, au même titre que le Nice, Travail et joie de Matisse (1949) et le Nice Fleurs Parfums de Chagall (1962). Au lieu d'une affiche prévue au départ, Picasso emporté par ses recherches tous azimuts, retient finalement trois essais, trois têtes de faune, adaptation lithographique de ses plats en céramique. Elles seront tirées chacune à 300 exemplaires, sur un papier dont le nom seul est un roman "vélin Crèvec¤ur du Marais". Trois cents exemplaires pour une affiche originale, on croit rêver, autant dire qu'ils furent épuisés dans la journée !

Et voilà née l'affiche Mourlot, alliance subtile de la spontanéité de l'artiste et du savoir-faire des meilleurs artisans.

Les affiches sont des mots simples; ¤uvres à vocation collective, placardées sur les murs des grandes villes, dans les rues, dans les musées ou sur les portes des galeries, elles doivent frapper le regard et délivrer un message immédiat; le signe du peintre, mais attention, les artistes ne sont pas des publicitaires; Dans l'affiche de peintre, l'artiste détourne le support des habituels canons publicitaires et n'obeit pas à ses lois, l'artiste à toute liberté. Nombre de galeries ou de musées pouvaient préférer une interprétation virtuose d'un tableau choisi à l'avance, bien lisible, réalisée par un as de la chromie, un Deschamps, un Sorlier, aux improvisations d'un Picasso ou aux écritures manuscrites, quelque peu brouillonnes, d'un Dubuffet. Éternelle discussion entre la gravure originale et celle d'interprétation, envisagée, cette fois, à propos de l'affiche. Disons tout de suite que, selon nous, les unes et les autres, annoncées pour ce quelles sont, se justifient pleinement, aussi bien les recherches de Dubuffet qui se permet l'audace de composer des affiches sur pierre, en noir et blanc, tirées seulement à quelques exemplaires (3 différents projets pour la seule exposition de lithographies à la galerie André en 1945 !), que les superbes "placards" polychromes conçus par Matisse jusque dans leurs moindre détails, mais réalisés par les meilleurs praticiens du moment.

Sans doute Mourlot gardait-il de son enfance le souvenir ému de l'âge d'or où Chéret, Lautrec, Bonnard et autres avaient fait "chanter les murs de Paris", pour reprendre l'expression de Claude-Roger Marx, et voulait-il, à sa façon, y rendre hommage. Fernand Mourlot était fier de ses affiches qui portaient son nom autour du monde, dans toutes les villes de France, à Londres, à Edimbourg, à Zurich, à Bâle, à Vienne, à Budapest, à Los Angeles, New York, Chicago, à Dakar, à Jérusalem ou encore à Rio de Janeiro. Pour le livre Jazz de Matisse, simultanément exposé l'année de sa parution à Paris, chez Pierre Bérès, et au Brésil.

En 1952, à l'occasion du centenaire de l'Imprimerie Mourlot, la galerie Kléber, à Paris, présenta une exposition des plus belles affiches; Matisse avait composé tout spécialement celle de la manifestation, choisissant un étonnant "papiers découpés", devenu célèbre dans l'histoire de l'affiche : "la première affiche abstraite placardée sur les murs de Paris", s'emballait Mourlot. L'exposition eût un succès retentissant; le Tout-Paris artistique, Picasso, Miró, Braque, Chagall, mais aussi Aragon, Cocteau, Prévert, Colette, Skira, Tériade, Arletty vinrent admirer non seulement les belles images, les créations originales, mais aussi ce charme particulier qui fait de l'affiche un curieux mélange entre texte et image. Une enluminure, un livre de la rue en somme, où les mots et les typographies qui les présentent servent aussi de témoins d'une époque, telle cette légende imprimée sur une affiche de Picasso lors d'une exposition au grand amphithéâtre de la Sorbonne en 1946 :

"Conférence avec projections par l'Abbé Morel
Hommage au peintre et lecture d'un poème par Paul Eluard
Picasso sera présent.
"

Ou cette autre, toujours sur une affiche de Picasso, de 1950 celle-ci :
"
Rencontres internationales de Nice
pour l'interdiction absolue de l'arme atomique
Vos plus belles vacances serviront à
sauver la Paix".

Hervé Bordas, Catalogue Saga 1997

Bibliographie : Affiches originales des maîtres de l'Ecole de Paris, par Fernand Mourlot, André Sauret éditeur

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